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Avec un taux de représentativité de 90%, les PME constituent la majorité du tissu économique camerounais. Cependant, celles-ci sont en proie à deux principaux fléaux : Un taux de mortalité particulièrement élevé et le maintien dans l’économie de subsistance pour la majorité de celles qui survivent. Or, le Cameroun envisage son émergence à l’horizon 2035 et positionne ces PME comme l’un des principaux leviers de sa croissance. Seulement, les PME camerounaises font face à des obstacles qu’elles doivent surmonter pour être au rendez-vous de l’émergence.

Jadis, l’accès des PME aux financements, la petitesse de leurs fonds propres ou encore leurs compétences approximatives en management étaient placés au premier rang de ces obstacles. Mais aujourd’hui, concernant l’accès aux financements, des mécanismes de financement se multiplient en faveur des PME : Banque des PME, Microfinance avec des produits spécifiques à l’attention des PME, Fonds d’investissement privés, Fonds spéciaux étatiques et multilatéraux, sans oublier notre finance traditionnelle via les tontines et les fonds familiaux. Quant à la petitesse des fonds propres des PME, les mécanismes de financement du haut du Bilan, la structure sociale traditionnelle du patrimoine au Cameroun ou encore les opportunités que recèle l’informel au Cameroun, offrent de multiples moyens pour créer et développer son affaire nonobstant la taille des fonds propres initiaux. Pour parler des compétences managériales, la majorité des nouveaux entrepreneurs aujourd’hui sont instruits ; Les incubateurs d’entreprises, les Centres de Gestion Agréés, plus récemment l’Agence de Promotion des PME ou encore les Cabinets d’expertises low-cost qui pullulent dans nos villes font à ce que l’entrepreneur en réelle quête de compétences managériales trouvera ne serait-ce que des débuts de solution. Au regard de cela, nous pouvons dire, que même si ces solutions restent à la portée d’une seule poignée de PME implantées en ville, force est de constater que même celles-ci n’échappent pas au cercle vicieux formé par le risque de mortalité précoce et le piège de l’économie de subsistance. A cet effet, nous sommes convaincus que les principales causes du problème sont à chercher ailleurs, dans la façon selon laquelle ces PME utilisent les ressources qu’elles possèdent.

Dans les pratiques quotidiennes des PME, nous relevons en particulier l’individualisme dans laquelle elles opèrent. La majorité d’entre elles s’installe seule, commande seule sa marchandise, paye son transport, loue seul son espace de stockage, exploite seule sa machine de transformation et assure seule la vente de ses marchandises. En conséquence, à cause du petit volume de son activité, la PME paye presque tout au prix du détail contrairement à la grande entreprise qui bénéficie du prix de gros ; Elle sous-exploite certaines de ses ressources immobilisées, ne peut s’offrir certaines ressources indispensables à sa croissance et n’a pas accès à certains marchés pour lesquels il faut produire un volume minimum relativement trop grand pour elle. En gros, l’individualisme dans lequel opèrent les PME rend leur structure de coûts peu compétitive face aux grandes entreprises et aux produits importés. acte citoyenComme alternative, nous proposons aux PME de mutualiser leurs ressources afin de mener conjointement leurs opérations. Lorsqu’on considère que transporter 1 Kg de marchandise de la France au Cameroun coute 21 000 FCFA, mais qu’en transportant 100 Kg, on paye 4 000 FCFA/Kg, nous pouvons établir que les PME qui transportent de faibles volumes seraient plus compétitives si elles s’accordaient pour grouper leurs marchandises avant d’aller voir le transporteur (Coshipping) ! Pareillement, les PME peuvent mutualiser leurs ressources pour prendre un bureau en commun (Coworking), passer une seule commande groupée afin de bénéficier du prix de gros (Cobuying), s’accorder à deux pour embaucher un ingénieur qu’une seule n’aurait pas pu payer (Coemploying) ou encore vendre leur production via le même canal de distribution (Coselling). Lorsqu’on sait qu’au Cameroun les grandes entreprises de télécommunication pourtant concurrentes utilisent à certains endroits la même antenne de transmission ou que les marques de vins rouges qui meublent nos tables sont produits par de petits agriculteurs étrangers fédérés derrière un même label, alors, vous conviendrez avec moi que notre proposition aux PME camerounaises loin d’être une innovation difficile à appliquer, est La Méthode qui a permis aux géants tant admirés aujourd’hui de se développer.

Ainsi, avec l’entrée en vigueur des Accords APE en 2016 et l’essor des grandes entreaction de groupeprises, les PME auront le choix entre une mort probable et une mort certaine. Elles devront trouver le moyen pour être plus compétitives ou accepter de couler, trainées dans les bas-fonds par le poids de leurs pratiques inefficaces.
A ce propos, l’entreprise DITEX qui prône la mutualisation des opérations, est en train de développer une plateforme collaborative virtuelle appelée CoElaboration. Cette plateforme qui tournera sous forme d’Application Web et Mobile, permettra à un entrepreneur de trouver auprès de lui un autre entrepreneur avec qui ils peuvent faire du Coworking, du Cobuying, du Coselling, du Coshipping, du Coemploying, et bien d’autres axes de collaboration possibles entre PME.

Bertin FOKOU