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J’aborde cet essai avec déjà beaucoup de pincettes, car je sais, qu’on ne se frotte pas à un sujet aussi épineux que le bonheur sans y laisser des plumes ; Mais, puisqu’il parle aussi de courage, alors je me suis donné le courage de l’aborder. Mon observation est que beaucoup de personnes se privent de l’occasion d’être heureuses dans leur vie par manque de courage ; Chacun de nous sait, ou du moins a une idée de ce qu’il pourrait faire pour être heureux dans sa vie. Mais, ces choses à accomplir ne sont pas toujours simples, si faciles à réaliser, ni aisées à porter à la connaissance des autres. clé du bonheurDès lors, l’on se heurte à la crainte du « qu’en dira-t-on », l’on se bute à la peur de perdre ce qu’on possède aujourd’hui en poursuivant l’objet de notre aspiration, et la liste n’est pas exhaustive. Pour le besoin de la cause, je m’en tiendrai à ces deux causes là qui sont les plus récurrentes.

Pour ce qui est des « qu’en dira-t-on », je crois que, loin d’être un respect dû à ses proches, c’est une phobie de faire des choix et de les assumer. Beaucoup craignent tellement le jugement des autres qu’ils en viennent à vivre comme « par procuration »leur propre vie ! Je ne dis pas que dans ses choix l’on doit s’en foutre éperdument du jugement des autres, mais force est de constater qu’à trop tenir compte des jugements des autres on n’avance pas beaucoup. D’ailleurs, c’est un gâchis de le faire, car, ceux-là à cause de qui nous hypothéquons notre bonheur ne feront pas ce qui est nécessaire pour nous rendre heureux. C’est dire qu’étant le principal artisan de notre bonheur, il nous appartient seul en dernier ressort de faire les choix que nous jugeons nécessaires et de les assumer. Rendez-vous en compte, les gens aiment les vainqueurs et se souviennent très peu en fin de compte de ce par quoi ils sont passés pour en arriver là.

Le deuxième obstacle qui est celui de la crainte de perdre les acquis d’aujourd’hui en poursuivant nos aspirations, est nécessaire mais pas suffisant pour justifier un statut quo. Les acquis doivent être considérés comme des escaliers et non comme des piédestaux. C’est dire que, si ce que nous avons aujourd’hui est entretenu tout en s’en servant pour atteindre nos aspirations, il adviendra alors un effet de substitution et non de perte. En effet, je suis porté à croire qu’on ne peut pas trouver le bonheur dans une situation qui nous incommode : il faudrait pour ça changer nos symboles de bonheur ou changer de situation. Quand je parle de situation ici, il ne s’agit point d’être pauvre ou riche, car, j’en ai vu des pauvres heureux et des riches malheureux. Je pense que le bonheur a à voir beaucoup plus avec ce que j’appelle « les symboles du bonheur ». Je désigne par ce, les choses qu’en faisant, en acquérant ou en offrant, l’on se sent heureux. D’une personne à une autre, les symboles varient et ce qui est détenu par les uns avec toute l’indifférence du monde est l’objet d’aspiration des autres. Je parle ici d’aspiration afin de faire la différence entre nos petits désirs du quotidien et ces véritables symboles d’épanouissement de soi qui nous hantent souvent durant des années. Or, la réalité est que, quoique conscients de nos aspirations profondes, nous renonçons souvent à les poursuivre par crainte du jugement des autres ou par peur de perdre ce que nous avons déjà, même quand cet acquit ne nous procure pas le bonheur. Les uns évoquent « le contentement de soi » d’Helen Keller, les autres parlent « d’humilité », mais moi j’appelle ça « le manque de courage de s’inscrire définitivement dans un engagement à vaincre ou mourir en essayant ». Rendez-vous en compte, vivre dans une situation de contentement de soi insatisfaisante est un combat quotidien. Pareillement, opter pour la poursuite de ses aspirations sera tout autant un combat quotidien, à la différence qu’ici, chaque victoire nous apportera quelque chose qui améliorera notre vie. J’admets qu’on n’a pas toujours entre les mains tous les pions pour décider de notre bonheur, mais ma question est : le peu de pions que nous détenons, en faisons-nous un usage optimal ?

Par ailleurs, il y a des gens qui laissent leurs propres symboles de bonheur pour poursuivre ceux des autres, soit parce qu’ils vivent par « procuration » ou tout simplement par pure convoitise. Ceux-là pavanent comme un papillon d’une fleur à une autre sans jamais trouver nectar assez doux pour étancher leur soif. Il est logique que le malheur soit la saveur qui leur restera dans la bouche, car, que peut-il arriver d’autre à un carnivore qui cherche dans les fleurs l’objet de son bonheur ? Il est donc clair que savoir ce qu’on veut, ou dirai-je, ce qu’il nous faut dans notre vie est un préalable à la quête du bonheur. Une fois que vous le savez, trouvez le courage de le poursuivre! D’autre part, je déplore aussi le cas de ceux qui inlassablement s’accrochent à des sources de bonheur qui les font souffrir au quotidien, mais dont ils ont du mal à s’en défaire. Il s’agit souvent d’un amour unilatéral, l’attachement une personne violente ou malsaine, les jeux de hasard, les drogues ou toute autre chose qui nous procurent un bonheur intense parfois, mais un malheurbonheur quasi-permanent. Bien de fois, ces pseudo sources du bonheur ont atteint le stade d’addiction, au point où toute tentative de s’en défaire génère une lourde dépression nerveuse qui nous décourage de nous en défaire. L’on se retrouve alors pris au piège d’une source de bonheur qui nous fait souffrir plus qu’elle ne nous rend heureux, mais, étant donné que nous pensons n’avoir autre alternative, on y reste accroché. Or, soyez-en convaincus, il n’y a pas d’addiction tellement forte qu’une personne déterminée ne puisse s’en défaire.  Dans ces cas, le courage va consister a décider de lâcher cette branche là, de subir la chute libre de la dépression, puis, de recommencer à zéro la construction de notre bonheur sur des bases plus sereines. On en souffrira certes, mais on n’en mourra pas, c’est sûr!

Toutefois, ne vous y trompez pas, le bonheur ne se limite pas seulement dans l’instant, il ne se trouvera pas forcément dans le temps ; Il est dans l’action à certains égards et dans la possession à d’autres égards ; Il ne sera pas toujours conforme à vos barrières morales et chacun y va de sa voie. Il est partout, ses sources sont plurielles, il est diffus, objet d’une quête permanente et toute tentative de le définir ou de le caractériser est réductrice de son sens même. Alors, tout le monde le cherche, les essais comme celui-ci ne peuvent que vous indiquer comment chercher, et ceci fait, c’est à vous de faire le reste.